Le chêne rouvre

Deux beaux spécimen de chênes rouvres, dont un très vieux et fascinant, honorent loù nidou de leur majesté et de leur robustesse.

Le plus grand, le plus fort, le plus chargé de siècles, le plus « viril » des arbres. Les qualificatifs abondent pour le décrire. Présent dès la préhistoire, sans être un arbre fruitier ses glands ont longtemps nourri les hommes et continué à le faire aux périodes de disette.

Pour les anciens Grecs, le chêne était la « première mère »: l’arbre d’où les hommes seraient issus. Mais il devient ensuite, pourvu de tous les attributs les plus masculins, l’arbre cosmique, l’arbre du tonnerre et de la foudre, celui de Zeus.

Les chênes sacrés étaient fermement protégés car, outre leur rôle symbolique, ils étaient censés abriter les Nymphes, les Dryades sous leur écorce, et surtout les Hamadryades qui, elles, ne pouvaient le quitter et mouraient avec lui … Triste destinée qui a fait rêver Ronsard : « Escoute, Bucheron, arreste un peu le bras; ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ; Ne vois-tu pas le sang lequel degoute à force, Des Nymphes qui vivoient dessous la dure escorce? ».

Le chêne de Zeus devient celui de Jupiter chez les latins; celui de Thor chez les germains et d’une façon générale un arbre sacré dans de nombreux peuples nordiques.

Pour les Gaulois, le chêne était l’arbre sacré par excellence, celui qui soutenait le ciel (menaçant toujours de « tomber sur la tête »).

Et même dans la Bible, lorsque Yahvé apparaît à Abraham, c’est « au chêne de Mambré, alors qu’il était assis à l’entrée de sa tente » (Genèse, 18.1).

Les forêts de chênes, comme celle de Dodone pour les Grecs, où les prêtresses – les Péléiades – prédisaient l’avenir grâce aux bruissements du vent dans les feuilles, ou les nemetons des Celtes, bois de chênes renfermant leurs sanctuaires, étaient éminemment sacrés. Les efforts conjugués des troupes romaines, puis des religieux et des saints chrétiens tentèrent, sans y parvenir totalement, de détruire ces forêts et les croyances païennes qu’elles symbolisaient.

Longtemps, toutefois, le coutume des Germains et des Celtes de siéger pour rendre la justice sous un chêne, arbre sacré de la sagesse, s’est perpétuée, et l’exemple de Saint Louis au XIII° siècle est célèbre.

Michèle Bilimoff, Les plantes, les hommes, les dieux. Editions Ouest-France, 2006

Le chêne est l’un des arbres les plus importants en symbolique. En raison de la dureté de son bois, il est souvent associé à l’idée d’immortalité et de durée. Il est considéré comme androgyne par les romains qui le nomment en latin robur (du genre neutre) quand ils font allusion à son exceptionnelle dureté (d’où découlent les mots français de robuste et de robustesse), mais aesculus ou ilex (qui sont du genre fémimin) quand ils parlent, par exemple, du chêne yeuse ou de l’arbre de Zeus. En effet, comme le chêne est souvent touché par la foudre, il était consacré au dieu du ciel et de l’orage qui exprimait sa volonté en soufflant dans le feuillage des chênes du bois de Dodone. De même, dans la Rome antique, un bosquet de chênes situé au bord du lac Nemi et confié à un roi de la forêt était consacré à Jupiter. Les rois italiques portaient des couronnes de feuilles de chêne. Les druides celtiques accordaient également une grande importance à ces arbres sur lesquels poussait le gui.

Selon des croyances populaires antiques, le chêne était un être vivant habité par des nymphes, les dryades (du grec drys, chêne). On attribuait aux feuilles des chênes le pouvoir de reculer les lions ; les cendres obtenues en faisant brûler du bois de chêne étaient censées combattre la rouille des céréales et on plantait un bâton de chêne dans un tas de fumier pour faire fuir les serpents. Le chêne était pour les romantiques le symbole d’une force indestructible (« Fidèle et indestructible tels les chênes allemands … « ) . Les druides avaient coutume de manger des glands avant de faire leurs prédications. Cependant le gland est avant tout un symbole sexuel masculin (Oswald Collius, 1629 : « Le gland sert de modèle à la tête de la verge masculine ».) parfois porté en guise d’amulette. La connotation du gland est si clairement perçue en français que le terme en a été directement utiliser pour désigner le bout du pénis et qu’il est aujourd’hui unanimement reçu dans cette acception.

Encyclopédie des Symboles (sous la direction de Michel Cazenave)