Vaches

Le bovin, animal civilisateur, fait partie de l’histoire des Alpes du Sud. La domestication de l’aurochs, ancêtre du taureau et de nos bovins domestiques, aurait peut-être débuté il y a environ 9000 ans, au Proche-Orient et au Pakistan.
Dans les Alpes, l’élevage du bœuf est attesté dans l’abri de Balme-Rousse à Choranche dans le Vercors, vers 4900 avant J.-C. Cependant les premiers déboisements en vue d’une exploitation pastorale ne sont attestés qu’au second millénaire. A la fin de l’âge du bronze, la mise en valeur agricole de l’étage montagnard entre 1000 et 1600 m est accomplie comme en témoigne les gravures de la vallée des Merveilles et de la Valcamonica. Cependant ce n’est que le développement des cités à la période romaine qui favorisera les produits de l’élevage. L’élevage bovin alpin au début du premier siècle après J.-C est reconnu par Pline l’Ancien, dans son Histoire naturelle. L’auteur souligne « qu’il ne faut pas mépriser le bétail de médiocre apparence, car les vaches des Alpes, malgré leur petite taille, donnent beaucoup de lait».
L’élevage bovin nous plonge dans une dimension essentielle de l’univers montagnard : le pastoralisme. Dans les Alpes du Sud, on a cru pendant longtemps que la faible valeur des pâtures, les rochers, les pentes ne convenaient guère au gros bétail. On pensait également que les prairies de fauche se limitant aux terres irriguées ne suffiraient pas à produire suffisamment de foin pour permettre un élevage bovin conséquent.
Dans la Vésubie, à Utelle, Roquebillière et Saint-Martin des ordonnances communales témoignent d’une attention particulière portée aux vaches laitières et aux bœufs de labour. Pour ces derniers, on a parfois gardé les meilleures pâtures. Dans plus de 90 % des cas on élève plus de bœufs que d’ânes et de mulets pour le labour. La traction des araires avec des bœufs de labour ou des vaches a dominé jusqu’à la veille de la Grande Guerre et s’est maintenue tardivement en Vésubie et dans le Moyen Var. A Ascros et à La Penne, les habitants achetaient des bœufs jeunes qu’ils dressaient au labour durant une année avant de les revendre à la foire suivante.
Dans les Alpes du Sud, l’élevage d’une ou deux vaches est souvent une ressource vivrière. Ce petit nombre s’explique par le travail important que nécessite chaque vache, la traite, 2 fois par jour, en plus des autres travaux agricoles, mais aussi les foins : il y a près de 8 mois de stabulation à assurer : « les vaches sortaient en mai et rentraient fin septembre ».
Peaux de vache
Autrefois, on trouvait une race beuilloise appelée Buienque ou Roujo, bonne laitière de couleur brune, de petite taille, très agile et dont on pouvait se servir pour le labour. La majeure partie des vaches était de races mélangées, à robe blanche, rouge et noire. A Mollières, on trouvait quelques piémontaises à robe blanche. Puis sont arrivés de Savoie les Tarines, suivies des Abondance et des Salers…
Une belle vacherie !
A partir de la fin du XIXe siècle, les paysans, frappés par la baisse des cours des céréales et l’importation massive de farines étrangères, se retrouvèrent avec une production excédentaire invendable. Poussés par la précarité de leur situation, ils optèrent pour de nouveaux choix. La luzerne et le sainfoin furent alors semés sur les terres céréalières. Les cultivateurs se tournèrentaussi vers la filière fromagère et laitière. En montagne, les projets de vacherie et de fruitières se multiplient et dans les vallées les agriculteurs développent des coopératives laitières en s’inspirant du succès des fruitières de Sospel, de Moulinet et de Roquebillière, construites à partir de 1888. Certains d’entre eux deviennent alors maîtres-fromagers ! On envisagera même de produire du gruyère dans les Alpes-Maritimes !
En 1929, la production dépassait 2,4 millions de litres pour les cinq coopératives laitières des Alpes-Maritimes (Guillaumes, Puget-Théniers, Belvédère, Saint Sauveur, Sospel). Mais dans les années 1960, les producteurs furent confrontés à l’effondrement du prix du lait qui porta un coup d’arrêt à l’économie laitière locale.
Vaches qui rient !
Aujourd’hui, après d’importantes mutations, l’élevage bovin est toujours une réalité dans les vallées des Alpes-Maritimes.
L’exposition de l’eco musée de la Rodoule vous propose de retrouver les différents aspects de l’élevage contemporain, de la production de lait à celle de viande, en passant par les portraits des éleveurs qui maintiennent cette agriculture de proximité
Du 16 juin 2018 au 31 décembre 2019
De mai à septembre du mercredi au dimanche de 10h à 12h et de 14h à 18h.
Sur rendez-vous le reste de l’année.
Roudoule, écomusée en terre gavotte
Placette de l’Europe
06260 Puget-Rostang